Faut-il raconter son histoire dans l’ordre chronologique ?

Lorsque l’on commence à écrire son histoire, la première idée qui vient souvent est de commencer par le début : l’enfance, puis les années qui passent, les rencontres, les événements importants et enfin, là où l’on se trouve aujourd’hui.

Cela semble logique. Après tout, notre vie s’est déroulée dans cet ordre.

Mais un livre n’est pas une vie racontée telle quelle.

Votre histoire peut avoir commencé il y a vingt ans. Votre livre, lui, peut commencer hier.

Alors, faut-il vraiment raconter son histoire dans l’ordre chronologique ?

La réponse est : pas nécessairement.

L’ordre de votre vie n’est pas forcément celui de votre livre

Lorsque nous vivons une expérience, nous la traversons dans le temps. Mais lorsque nous la racontons, nous avons le choix.

Nous pouvons commencer par une scène particulièrement forte, revenir quelques années en arrière, avancer à nouveau, puis éclairer un événement que le lecteur ne comprenait pas encore.

C’est d’ailleurs ce qui permet parfois de donner davantage de force à un récit.

Prenons un exemple très simple : vous souhaitez raconter une reconstruction après une épreuve importante. Vous pourriez commencer par raconter votre enfance, votre adolescence, votre vie professionnelle, puis arriver progressivement à cette épreuve.

Mais vous pourriez aussi commencer le jour où tout a basculé.

Le lecteur entre alors immédiatement dans votre histoire. Puis, au fil des pages, certains éléments de votre passé viennent éclairer ce que vous êtes en train de vivre.

Les deux structures sont possibles.

La question n’est donc pas : « Dans quel ordre les choses se sont-elles réellement passées ? »

Mais plutôt : « Dans quel ordre ai-je envie que le lecteur les découvre ? »

La structure chronologique : une solution simple, mais pas toujours suffisante.

Raconter son histoire dans l’ordre chronologique présente évidemment des avantages. C’est souvent la structure la plus intuitive lorsque l’on commence à écrire.

Elle permet de :

  • suivre facilement l’évolution d’une personne ;
  • comprendre comment les événements s’enchaînent ;
  • montrer une transformation progressivement ;
  • donner au lecteur des repères temporels.

Elle peut être particulièrement adaptée lorsque le passage du temps est lui-même important dans le récit.

Par exemple, si votre histoire raconte plusieurs années de reconstruction, une migration, une reconversion, une relation qui évolue ou un long parcours personnel, la chronologie peut permettre de faire ressentir cette progression.

Mais attention à un piège : raconter chronologiquement ne signifie pas raconter tout ce qui s’est passé.

Entre deux événements importants, votre vie a continué. Il y a eu des repas, des vacances, des journées de travail, des conversations, des anniversaires, des habitudes…

Tout cela a existé mais tout cela n’a pas forcément sa place dans le livre.

La chronologie donne une structure. Elle ne doit pas devenir un inventaire.

Et si votre histoire commençait par la fin ?

Commencer par le présent pour revenir ensuite sur le passé peut être particulièrement intéressant lorsque le point de départ du livre est une transformation.

Vous êtes aujourd’hui une personne différente de celle que vous étiez. Vous pourriez alors commencer par cette femme que vous êtes devenue.

Puis poser la question : comment en suis-je arrivée là ?

Le récit devient une remontée dans le temps. Le lecteur connaît le point d’arrivée, mais il ne connaît pas encore le chemin.

Cette structure peut créer une forme de tension : on veut comprendre ce qui s’est passé.

Elle fonctionne particulièrement bien lorsque le présent permet de regarder le passé avec un autre regard.

Commencer par un moment fort.

Autre possibilité : entrer directement dans une scène.

Pas forcément l’événement le plus important de toute votre vie. Mais une scène qui contient déjà quelque chose de votre histoire.

  • Une conversation.
  • Une annonce.
  • Un départ.
  • Une rencontre.
  • Une nuit particulière.
  • Un moment où vous avez compris que quelque chose devait changer.

On peut alors commencer au cœur de l’action, avant de revenir en arrière pour donner au lecteur les informations nécessaires.

C’est une manière très efficace d’éviter les débuts trop explicatifs.

Au lieu de dire : « À cette époque, ma vie était compliquée depuis plusieurs années… »

Vous pouvez faire entrer le lecteur dans une scène précise. Il découvre. Il ressent. Puis il comprend.

Vous pouvez aussi construire votre récit autour d’un thème.

Toutes les histoires ne sont pas des parcours linéaires. Parfois, ce qui compte n’est pas tant quand les choses se sont produites, mais ce qu’elles racontent.

Votre récit peut alors être construit autour de plusieurs thèmes :

  • la maternité ;
  • la famille ;
  • la transmission ;
  • le deuil ;
  • la reconstruction ;
  • le rapport au corps ;
  • l’amour ;
  • le changement de vie ;
  • la quête de soi…

Chaque partie peut explorer un aspect de votre expérience. Le temps continue d’exister, mais il n’est plus forcément le principal fil conducteur. 

Cette structure peut être particulièrement intéressante lorsque plusieurs périodes de votre vie se répondent.

Comment savoir quelle structure choisir ?

C’est probablement la question la plus importante, et il n’existe pas de règle universelle.

Pour commencer à réfléchir à votre structure, posez-vous ces quatre questions.

  1. Quel est le véritable sujet de mon livre ?

Est-ce que je raconte tout mon parcours ? Ou est-ce que je raconte une période précise de ma vie à travers laquelle quelque chose s’est transformé ?

La réponse peut déjà vous orienter.

  1. Où mon histoire devient-elle vraiment intéressante ?

Il ne s’agit pas forcément du début chronologique. Cherchez le moment où quelque chose change.

  • Une décision.
  • Une rencontre.
  • Une rupture.
  • Une prise de conscience.
  • Une épreuve.
  • Un événement qui modifie la trajectoire.

C’est parfois là que votre livre doit commencer.

  1. Qu’est-ce que j’ai envie que le lecteur ressente ?

Souhaitez-vous qu’il ait l’impression de parcourir votre vie avec vous ? De chercher à comprendre comment vous en êtes arrivée là ? De découvrir progressivement ce qui s’est réellement passé ?

La structure peut servir cette intention.

  1. Qu’est-ce qui crée un fil entre les différentes parties ?

Un bon récit n’est pas simplement une succession d’événements. Il existe quelque chose qui relie les chapitres.

  • Une question.
  • Une transformation.
  • Une relation.
  • Une quête.
  • Une émotion.

C’est ce fil qui donne au lecteur une raison de continuer.

Un petit exercice pour trouver votre structure.

Si vous ne savez pas encore comment organiser votre histoire, ne commencez pas forcément par rédiger votre premier chapitre.

Prenez une feuille et notez 10 à 15 moments importants de votre parcours.

Pas besoin de les raconter, donnez-leur simplement un titre.

Par exemple :

  • Le jour où j’ai compris
  • Le départ
  • Cette rencontre
  • Les années de silence
  • La décision
  • Le retour
  • Ce que je n’avais jamais dit
  • Aujourd’hui

Puis observez votre liste.

Est-ce qu’un moment vous semble particulièrement fort ?

Est-ce que plusieurs souvenirs semblent tourner autour d’une même question ?

Est-ce qu’une transformation apparaît ?

Essayez ensuite de déplacer les éléments.

Et si vous commenciez par le moment 7 ?

Et si vous racontiez d’abord le présent avant de revenir au passé ?

Et si vous regroupiez certains souvenirs par thème ?

Vous n’avez pas besoin de trouver immédiatement la structure définitive. Le simple fait de déplacer les morceaux de votre histoire permet souvent de voir votre récit autrement.

Et si vous n’arrivez pas à choisir ?

C’est normal.

Quand on écrit sur sa propre vie, il est parfois difficile de prendre suffisamment de distance pour voir la structure qui se dessine.

On connaît chaque souvenir. On sait ce qui s’est passé avant et après. On a parfois l’impression que tout est important.

Un regard éditorial peut alors aider à faire émerger ce que vous ne parvenez pas encore à voir seule : le fil conducteur, les moments essentiels et la structure qui permettra à votre histoire de devenir un récit.

Vous avez une histoire à raconter, mais vous ne savez pas encore comment la construire ?